Roller Derby 72 : le club où l’on joue librement, et où les hits pleuvent
En octobre, Roller Derby 72 nous a ouvert les portes de son gymnase un soir d'entraînement. On venait parler valeurs ; on repart avec une conviction : ici, c'est d'abord un club de sport, où chaque personne joue librement, et où l'on ne se contente pas de se pousser.

Photo : Roller Derby 72 (cliché Mimon Kalia) — Facebook
Petit mot avant de commencer : sur une suggestion glissée pendant notre rencontre, on s'essaie pour la première fois à l'écriture inclusive. Des mots qui englobent tout le monde quand c'est possible, un point médian de temps en temps (joueur·euses, débutant·es), comme le club le fait sur ses propres réseaux. On débute dans l'exercice, comme une recrue à son premier entraînement : merci d'avance pour votre clémence si l'on trébuche.
D'abord un club de sport
On venait parler valeurs, et on en a beaucoup parlé. Mais la phrase qui nous est restée est plus simple : « Nous, on est là pour faire du roller derby. » Roller Derby 72 est d'abord un club de sport, avec ses entraînements, son championnat, ses stratégies et ses bleus. Les valeurs servent une seule idée : que chaque personne puisse jouer librement, sans regard de travers ni remarque déplacée.
Il suffit de regarder un entraînement pour le comprendre : aucun profil ne se ressemble, et tous les gabarits trouvent leur place sur la piste.
Trois équipes, de la Nationale 1 au loisir
Le club, une association née au Mans en 2011, fait vivre plusieurs collectifs :
- les Missfeet, en Nationale 1 F+, juste sous l'élite du championnat de France, qui ont décroché leur maintien au printemps dernier ;
- les Chicaneuses, en Nationale 3 F+, qui attaquent leur deuxième saison de championnat après une première participation la saison dernière ;
- les Rillettes Chili Peppers, le collectif loisir, mixte et ouvert à tous les genres ;
- les Rookies, le groupe des débutant·es.
La catégorie F+ réunit, dans les mots du club, les femmes et les minorités de genre.

Une saison de championnat, c'est deux week-ends de compétition par équipe, et un troisième si l'on va en phase finale. Les déplacements se font surtout dans l'Ouest (Brest pour la première étape de cette saison), parfois jusqu'à Paris. Le club organise aussi chez lui deux à trois grands événements par an, étapes de championnat ou tournois comme Never Track Down et Sarthe & Furious, en entrée à prix libre : c'est ce qui paie la location du gymnase, le matériel et les déplacements.
Le hit : on pensait qu'on se poussait
Avouons-le : on imaginait des patineurs et des patineuses qui se bousculent un peu dans les virages. Raté. LuCe, la coach des Chicaneuses rencontrée ce soir-là, l'a dit sans détour : « on se met vraiment des coups ». Le geste a un nom, le hit (on dit « hitter » ; le règlement parle de blocage). On percute de l'épaule et de la hanche pour déstabiliser l'adversaire, la faire tomber ou ouvrir un passage à son étoile : la personne qui porte une étoile sur le casque, le jammeur ou la jammeuse, et qui marque les points.

Pas de plaquage, et des règles strictes : on ne bloque ni avec l'avant-bras ni avec le coude, on ne vise ni le dos, ni la tête, ni les jambes sous la mi-cuisse. Chaque faute envoie 30 secondes en penalty box, et toutes se disent en anglais, héritage du pays d'origine : un « forearm » pour un avant-bras de trop, un « cut » quand on rentre sur la piste de façon illégale. En France, une commission bénévole traduit et adapte toutes ces ressources.
C'est un sport collectif qu'on compare volontiers au rugby : très tactique, très cardio, fait de sprints et de chocs. Vu du bord de la piste, c'est un vrai sport de contact sur roulettes. On hitte pour créer un chemin, jamais pour le plaisir de cogner, mais on hitte fort. Pas de quartier.

Pour encaisser, la protection est obligatoire : casque homologué (une visière fixe est permise pour jouer avec ses lunettes, jamais une grille), protège-coudes, protège-poignets, genouillères et protège-dents. Aux pieds, des quads : des patins à quatre roues, deux devant, deux derrière, avec un stoppeur réglable à l'avant.
Jouer librement, sans regard ni remarque
Le roller derby est né aux États-Unis. Sport spectacle dans les années 1930, il tombe en désuétude dans les années 1970. Au début des années 2000, à Austin, au Texas, des femmes le relancent et en font un sport à part entière, avec ses ligues, ses règles et sa compétition. Il en existe deux versions : la piste inclinée, plus spectaculaire, et la piste plate, celle que pratique le club.
L'inclusion fait partie de cet héritage. La WFTDA (Women's Flat Track Derby Association), la grande fédération née de ce renouveau, ouvre ses équipes dès 2015 aux femmes trans et intersexes. En février 2025, elle précise qu'elle accueille toutes les personnes de genre marginalisé : les femmes, qu'elles soient cis, trans ou intersexes, les hommes trans et les personnes non binaires, sans aucune preuve à fournir. En France, la Fédération française de roller et skateboard inscrit dans son règlement le respect de l'autodétermination de genre et sanctionne la transphobie.

Au Mans, tout cela se traduit très concrètement. Cette saison, le club propose des entraînements en mixité, ouverts à toutes les identités de genre, et d'autres en non-mixité choisie, ouverts à toutes les identités de genre sauf les hommes cisgenres. Un pôle inclusion veille au respect de ces valeurs, avec des formations et des messages réguliers aux membres. Lors des événements, des affiches les rappellent et des personnes « safers » recueillent les signalements, puis vont discuter avec les personnes concernées. Si la discussion ne suffit pas, l'auteur ou l'autrice d'une remarque déplacée est invité·e à quitter les lieux.
Pourquoi tant de soin ? Parce que certaines personnes encaissent des remarques au quotidien et cherchent simplement un endroit où faire du sport en sécurité. Des personnes fraîchement arrivées au Mans ont poussé la porte du gymnase pour cette raison ; elles y jouent depuis des années. L'enjeu tient en peu de mots : pouvoir patiner, tomber, se relever et hitter sans se demander comment on est regardé·e.
La confiance se gagne sur la piste
Notre guide de la soirée, LuCe, fait partie des rencontres qu'on n'oublie pas : coach des Chicaneuses, plus de quinze ans de roller derby, et une longue expérience auprès des débutant·es. Elle a vu des dizaines de recrues arriver sans confiance, ni dans leurs patins ni dans leur corps, puis vivre un déclic en cours d'année. À ses joueuses, elle répète : « Votre journée, vous la laissez dehors. Ici, c'est votre moment. »
Elle raconte aussi ce que le sport lui a appris : terminer un match entier après presque une heure de hits, avoir marqué des points, être toujours debout sur ses patins à la fin, et gagner avec son équipe. De quoi repartir avec une confiance en soi « assez impressionnante ».

Débuter sans avoir jamais patiné
Nul besoin d'expertise. Un peu d'aisance sur des roulettes aide, mais le club accompagne aussi les personnes qui ne sont jamais montées sur des patins. Les trois premières choses qu'on apprend : tomber en sécurité, se déplacer, freiner. « Et après, c'est parti. » Sur la piste, une joueuse qui n'avait jamais patiné en arrivant joue aujourd'hui en compétition.
Jusqu'en décembre, le club ouvre des séances d'essai certains samedis matin, au gymnase Vauguyon, de 10 h à 13 h. L'inscription passe par une licence à la journée, pour que chaque personne soit assurée pendant la séance. Le matériel est prêté, il suffit de venir en tenue de sport avec une gourde. Ensuite, place aux entraînements, répartis entre les collectifs : le lundi et le mercredi de 20 h à 21 h 45, et le samedi de 10 h à 13 h. Ils s'adressent aux adultes, et le calendrier détaillé est sur le site du club ; les essais sont ouverts dès 17 ans, avec une autorisation parentale pour les personnes mineures.
Merci
Merci à Roller Derby 72 de nous avoir ouvert les portes de son univers : un monde de liberté, où chaque personne trouve sa place… et où, sur la piste, ça bastonne sévère.
Ce club en vaut vraiment le coup : partagez cet article à quelqu'un qui a envie d'essayer.
Pour y aller
- Séances d'essai : samedi 31 octobre (en mixité), samedi 21 novembre (en non-mixité choisie), de 10 h à 13 h, gymnase Vauguyon, Le Mans.
- Entraînements : le lundi et le mercredi de 20 h à 21 h 45, le samedi de 10 h à 13 h, pour les adultes (calendrier sur le site du club).
- Essais dès 17 ans, matériel prêté, licence à la journée.
- Inscription : sur le site du club, rubrique « Sessions d'initiation ».
- Questions : recrutementrollerderby72@gmail.com
- La fiche de Roller Derby 72 sur Sortir au Mans
Pour aller plus loin
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